Behzti (déshonneur)
de
Gurpreet Kaur Bhatti



Fin 2004, Antoine Pickels (Halles) et Philippe Lemoine (British Council) mettent en chantier:

British Twist- New Writing

L'écriture théâtrale britannique n'en finit pas de nous interpeller et de nous surprendre. D'octobre à décembre seront donnés à entendre et à voir - pour la première fois en français ou en néerlandais - cinq textes récents témoignant de l'effervescence toujours intacte de ce qu'on appelle outre-manche New Writing. Cinq auteurs, parmi les plus prometteurs du Royaume-Uni, traduits et mis en voix par de talentueux auteurs et metteurs en scène belges! Les conditions qui ont permis l'efflorescence et la vivacité de cette écriture, mais aussi les thèmes qui s'y croisent, et les questions posées lors de la traduction, seront l'objet d'une journée de discussions et d'échanges, réunissant auteurs et organisateurs britanniques et belges.


La lecture à lieu aux Halles le 16 novembre 2005 avec: Rudi Bekaert, Véronique Dumont, Johan Heestermans, Christine Henkart, Ventouse Mbala, Anne Sylvain et Françoise Walot.

Texte critique
Par David Waiengnier et Sophie Scheufele

L'intrigue se passe en Angleterre dans la communauté Sikhe. L'auteur aborde les thèmes de la vérité, de l'honneur, du viol, des abus menant au meurtre.

Nous avons été positivement surpris par cette mise en voix. La pièce débute avec trois comédiens qui lisent leur texte, assis à une table, de façon très statique.

Ensuite, ils quittent la pièce et le public est invité à les suivre dans une autre salle dans laquelle il est invité à prendre place autour d'un grand tapis. Le thé au lait et aux épices est servi à volonté. Un régal et une ambiance très conviviale s'installe, renforcée par après par une distribution de délicieux samosas !

D'autres comédiens se joignent aux premiers, l'action s'accélère et se précise : les comédiens jouent debout, se déplacent... On finit par ne plus voir leurs textes tant ils s'investissent expressivement dans leurs personnages. On est plongé dans l'histoire et on en ressort bouleversés !

Une pièce qui vaut le détour !


Rudi Bekaert,
le traducteur

"Behzti" est une pièce remarquable à bien des égards, déjà par son côté "exotique", étant située dans le milieu sikh et de plus dans un gurdwara, lieu où peu de spectateurs ont mis les pieds. C'est un drame qui a pour fond l'immigration, écrit par une auteure aux origines indiennes, cela se passe en Angleterre, et le style de l'écriture est dans la pure tradition «réaliste» britannique.

Ce que l'on voit est d'emblée très fort: Une femme handicapée (Balbir) , qui approche la soixantaine, nue sur un tabouret dans une baignoire, lavée par sa fille (Min ), «un tas de graisse loyal et simple». Avec elles, et avec l'aide à domicile (Elvis) («un jeune homme noir et maigre, gauche et empoté, quoique parfois très cinglant») nous nous préparons pour aller au temple, endroit mystérieux. C'est un jour de fête, on va célébrer l'anniversaire du Guru Nanak, mais la visite se terminera dans l'horreur.

Il y a beaucoup d'humour dans l'écriture de Gurpreet et beaucoup de cruauté aussi. On s'attache rapidement à Min, qui est sans doute le personnage principal de la pièce. Elle est assez naïve, mais très honnête et souvent marrante. (Il y a une scène où elle fait un moonwalk sur «Billie Jean», jusqu'à l'épuisement. Un peu plus tard elle fera des claquettes, habillée en shalwar kameez, et elle va bâillonner sa mère). Les personnages (mis à part Elvis) ont vécu ensemble il y a bien des années et ils se retrouvent après tout ce temps au temple. Ils ne cessent de nous étonner tout au long de la pièce. Il y a le langage très peu châtié de Balbir et de ces autres dames d'âge moyen, commères et voleuses de chaussures, pour ne citer que quelques unes de leurs qualités. Il y a le Giani, personnage « allumé » et déprimé, qui doit souffrir de diarrhée aiguë. Et il y a son frère, responsable au gurdwara, qu'on pourrait décrire comme schizophrène et pervers. Il y a ces femmes avides d'hommes, d'amour et d'argent. Tous ont un comportement assez contraire aux principes de leur religion, sauf Min, qui est «pure».

Il y a l'amour , le vrai, qui pourrait commencer après la pièce, entre Min et Elvis, comme une lueur d'espoir.

Il y a aussi le tollé que la pièce a malheureusement provoqué et qui a conduit à l'interdiction des représentations. Tout ça pour dire qu'il est temps de monter « Behzti » ici afin que le public puisse découvrir les qualités indéniables de l'écriture de Gurpreet Kaur Bhatti.

Le texte en français sera prochainement édité aux éditions "les solitaires intempestifs" dans une traduction de Rudi Bekaert.

 



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