Behzti (déshonneur)
de
Gurpreet Kaur Bhatti


L'auteure

Gurpreet Kaur Bhatti signe avec Behzti son deuxième texte de théâtre. Cette jeune auteure Anglaise, par ailleurs scénariste pour le cinéma et la télévision britanniques, est issue de la diaspora indienne. Lorsque sa pièce fut créée au Repertory Theater of Birmigham, elle a provoqué la colère de fanatiques religieux sikhs qui ont attaqué la salle et fait interdire la pièce, parce qu'elle évoquait un viol et un assassinat dans un temple. Cette censure contrainte a fait réagir les artistes britanniques comme il y a quelques années pour Salman Rushdie mais le gouvernement anglais n'a pas appuyé cette réaction. La pièce n'a pas été reprise.

Quelques temps après les évènements Gurpreet Kaur Bhatti déclarait dans la presse :   « Je n'ai pas écrit Behzti avec l'intention d'offenser. C'est une oeuvre honnête dans laquelle j'ai voulu parler de ce qui se cache sous les apparences et explorer comment la faiblesse humaine peut enfermer les gens dans l'hypocrisie. (...) De la confrontation de nos imperfections naît l'espoir. Le théâtre n'est pas nécessairement un lieu confortable où l'on se sent à l'aise avec soi-même. C'est un lieu où l'expression humaine la plus fondamentale, l'imagination, doit s'épanouir.» (traduit et publié dans Libération le 14 janvier 2005).

Le préambule de Behzti

Dans le sikhisme c'est la Vérité qui est primordiale, la vérité dans l'action, la vérité de l'individu, la vérité de Dieu. L'héritage du peuple sikh, est un héritage de courage et de victoire sur l'adversité. Nos dirigeants étaient des révolutionnaires à l'esprit fin, des guerriers qui propageaient des valeurs telles que l'égalitarisme et l'altruisme.

Mais parfois je me sens emprisonnée par la mythologie de la diaspora sikhe. Notre histoire est apparemment celle d'un succès bien présent et bien vivant, nous accumulons les richesses grâce à un travail assidu et grâce à notre ambition. Il y a certainement de quoi être fier et nos réalisations, pas moins que nos luttes, ont étés extraordinaires. On y retrouve bien les traits de notre remarquable communauté - pleine d'énergie, déterminée et capable. Mais là où il y a des gagnants, il doit y avoir des perdants. Et donc de la perte.

Je me sens attirée par ce qu'il y a sous la surface du succès. Par tout ce qui est anonyme et silencieux, ce qui fait enrager et qui désespère, ce qui est humain, inhumain, absurde et comique. M'attirent ceux qui ne sont pas les phares du multiculturalisme, ceux qui vivent dans la peur et sans espoir, et qui grandissent dans leur version personnelle d'un comportement antisocial. Je crois qu'il est nécessaire pour toute communauté d'évaluer ses progrès, de façon régulière, de se connecter à sa douleur et à son passé. Et de cultiver de la sorte un sens de l'humilité et de l'empathie: chose dont on a fort besoin en ces temps féroces, où les loups semblent se manger entre eux.

 


La faillibilité de la nature humaine fait en sorte que de les principes sikhs fondamentaux comme l'égalité, la compassion et la modestie sont parfois abandonnés au profit de l'apparence, de l'enrichissement personnel et de la quête du pouvoir. Je sens qu'il faut faire face pratiquement à cette distorsion et qu'il faut restaurer nos grands idéaux. Ce n'est qu'en défiant les idées reçues sur le correct et l'incorrect qu'on peut s'attaquer à l'hypocrisie institutionnalisée. Souvent, ceux qui dévient de la norme sont condamnés et marginalisés, que ce soit juste ou non, afin d'assurer la survie de la communauté. Seulement, cette survie n'existe que pour les plus forts, les plus faibles sont perçus comme des infortunés, nés pour la poisse. Nous attachons une grande importance aux rituels enracinés dans la religion, mais ces rituels perdent souvent leurs signification parce que les gens sont davantage préoccupés par l'apparence que par l'intériorité.


Ma pièce reflète cette préoccupation. Je pense que le théâtre se doit d'être provocateur et pertinent. J'ai écrit Behzti parce que je suis passionnément opposée à l'injustice et à l'hypocrisie. Et que l'écriture dramatique me permet de créer des personnages, des histoires, des mondes dans lequel, en tant qu'artiste, je peux jouer et divertir, voire générer le débat.

Les écrivains que j'admire sont courageux. Ils présentent leurs vérités et osent prendre des risques et vivre avec leurs peurs. Ils nous racontent que la vie est cruelle et terrifiante, que nous sommes imparfaits et que nous pouvons avoir de l'espoir à la seule condition de parvenir à embrasser nos imperfections, sincèrement. Ces auteurs-là offensent parfois. Mais peut être qu'on se doit d'offenser ceux pour qui la menace du dialogue et de la discussion est un outrage. L'esprit humain perdure à travers la magie des contes. Laissez-moi donc vous raconter une histoire.

GB Novembre 2000
Rudi Bekaert, le traducteur a été choisi dans le cadre du projet British Twist. Le texte en français sera prochainement édité aux éditions "les solitaires intempestifs".
 
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