la visite guidée

Il y a plusieurs façons de voir une ville : «Bruxelles, Art Nouveau», «Bruxelles et l’apogée industrielle»… Nous avons imaginé «Bruxelles, ville d’Afrique». S'il est vrai que le Belge a une brique dans le ventre, sa non-connaissance de son Histoire signifie aussi sa non-reconnaissance de ce qui s’est passé. Rien d’étonnant pour un pays qui, depuis son origine, met plus d’énergie à étouffer ses «affaires» qu’à aspirer à des valeurs démocratiques un peu plus ambitieuses…

Il était logique qu’en tant que travailleurs du spectacle, nous choisissions le théâtre comme médium pour partager nos impressions et nos interrogations, d'autant que ce sujet est rarement abordé sur les scènes, comme si le tabou lié à notre passé colonial menaçait de réveiller des fantômes indésirables et des polémiques ingérables. Bien que le temps ait passé, les plaies restent mal cicatrisées.

Il nous a paru important de faire participer le public à ces réflexions et de faire de lui le véritable enquêteur du drame. Plutôt que d’entrer dans un récit linéaire, le choix d’une forme morcelée s’est rapidement imposé. La multiplicité des actions rejoint cependant des “idées-forces” qui transparaissent à travers tout le récit et qui conduisent le spectateur à une remise en question. Les quatorze actes qui constituent la pièce sont autant de prétextes à créer des dispositifs différents, où s’établit une interactivité spécifique à la scène traitée. Ce n’est pas seulement sur la scène, dans un ailleurs rêvé, ni même uniquement dans les pays colonisés, mais ici et maintenant qu’est la colonisation. C’est ce que dit le titre.


pour l'élaboration du scénario: simulation d'une visite guidée...