les réactions ne se font pas attendre


Le savoir se transmet. Je répète, tu répètes, ils font répéter, oui, mais qui réfléchit ? A l'école Belge de Kinshasa, (pour le détail savoureux, l'école s'appelle Lycée Prince de Liège), on n'est pas content. Des lettres circulent et les élèves écrivent des rédactions qui auraient pu s'intituler "pourquoi je n'ai pas aimé la pièce". La grande question est "pourquoi des institutions belges financent-elles et soutiennent-elles ce projet tellement critique par rapport à la démarche coloniale ?" (et, question subsidaire, remettent-elles en question la présence de leurs héritiers ?)

La communauté belge sur place se sent-elle trahie ou sont-ce nos partenaires qui auraient perdu la boule ? Ainsi on a pu entendre ou lire (dans de croustillantes lettres) des réactions comme:

• "A quoi cela sert-il de venir raconter tout haut ce que tout le monde sait déjà ?"
"Le plus choquant est le parti pris totalement négatif et partial. Nous avons attendu vainement une note positive"
• "Vous incitez les Congolais à prendre revanche alors que nous leur avons tout donné."
• "Que peut apporter un tel message dans l'amélioration ou le resserrement des liens qui lient inévitablement nos communautés dans l'école et à l'extérieur ? Quelle leçon peut-on tirer pour l'avenir ?"

"Galvauder ainsi le passé commun qui lie les communautés belges et congolaises nous paraît être un acte gratuit, peu profitable à l'avenir et dangereux car diffusé largement à un public scolaire souvent non averti".
• "Vous venez foutre la merde ici sans penser que vous repartez (en Belgique) alors que nous, on doit y rester..."
• "Comment réagirez-vous quand les Congolais demanderont des compensations, vous les payerez avec vos subsides ?"
• "Le théâtre, c'est fait pour divertir, et non pour provoquer comme vous le faites".
• "Qu'est-ce que vous faites de bien pour ce pays ?"
etc.


Hotel Memling en 1960. Aujourd'hui encore, la plupart des expats y "descendent".
 Pour nous, les réponses sont incluses dans la façon de poser les questions. Nous comprenons bien que des individus (ou leur descendants directs ou indirects) qui ont participé à la colonisation (dont certains vivent encore dans la nostagie bien compréhensible du pouvoir perdu) prennent très mal les analyses de schémas que nous leur proposons. Il est vrai que les intentions personnelles ne sont que très rarement mal-intentionnées, mais c'est bien là le problème: pour quelqu'un qui vit là-bas, il lui est quasi impossible de se rendre compte du scénario dans lequel il joue. Mais il est un fait certain: aujourd'hui encore, la plupart des européens qui vivent à Kin le font dans une sorte de cocon. Depuis l'appartheid réel (et jamais avoué) de la fin des années 50, la barrière a certes disparu mais la situation reste sensiblement le même. Il est donc tout a fait "normal" de rencontrer des Blancs qui ne s'aventurent jamais dans les cités, de crainte de... De quoi ?