excercice de style


Alors que des centaines de Congolais venaient écouter ce qui jamais n'avait été dit dit publiquement devant eux, que d'autres prenaient des notes, nous avions le sentiment de jouer quelque chose qui avait un impact réel sur le public. Les gens restaient après la représentation et survivaient aux 40°c ambiants qui règnaient dans la salle... Il y eut cette dame de l'Ambassade d'Algérie qui reconnaissait en notre démarche celle qui ne s'était jamais faite par rapport à son pays, ces étudiants du Théâtre National qui regardaient le dispositif scénique comme quelque chose de très élaboré, ces bus bourrés d'étudiants qui, assis à trois sur deux chaises, réagissaient au quart de tour à tout ce qui pouvait faire rire, même si cela parlait du malheur.
Tandis qu'à l'école belge, on rédigeait un "mémo"...



•Une pièce essentiellement « négative » dont le but est d'expliquer que les monuments de la ville de Bruxelles ont été construits avec le « sang des Nègres ».
•On oublie d'expliquer que la Belgique et particulièrement le Roi Léopold II, étaient extrêmement riches à la fin du XIXème siècle grâce à la sidérurgie et au textile, que
Léopold II a financé au départ sur sa cassette personnelle l'entreprise du Congo:
expéditions, administration, etc. - qu'il a ensuite obtenu un prêt de 25 millions à la Société Générale, ce qui explique l'intérêt de cette banque.

La réforme de l'enseignement
est-elle une utopie ?
•On sous-entend que Charlotte de Belgique, femme de l'Empereur Maximilien du Mexique était elle aussi très riche, mais elle a tout investi et perdu dans l'expédition au Mexique.
•On parle de Léopold II en 1920 alors qu'il est mort en 1908 !
•On en parle comme d'un grand catholique, ce qu'il n'était vraiment pas !
•La pièce mélange délibérément les chronologies, ce qui permet l'amalgame. Ainsi, on voit un "Joseph Désiré" boy d'une famille européenne et le chou-chou donc le valet des Blancs.
•Tous les Blancs sont caricaturés comme: soit des repris de justice, des soûlards, des coureurs de femmes, des exploiteurs ou des nobles déchus…
•Le roi Léopold II est représenté comme un homme qui n'était intéressé que par l'argent et on le caricature même comme le juif: « Time is money » avec l'accent !
•Le roi Baudouin devient un pantin ridicule, amoureux de Mobutu !
•Le contexte de la fin du XIXème siècle est complètement gommé, ainsi aucune comparaison avec la façon dont vivaient ou étaient traités les ouvriers en Belgique et en Europe.
•On présente Stanley comme une brute épaisse et avide de sang et de tortures
•Il aurait fallu montrer les côtés positifs de la colonisation mais absolument aucun n'est seulement évoqué (ainsi que aucune responsabilité du côté africain même après l'indépendance)
•La pièce reprend des articles de journaux anglais qui ont délibérément fait une campagne de dénigrement de Léopold II et des Belges en général, c'était alors une manœuvre politique. Ces mêmes articles ont d'ailleurs servi à un Américain qui a écrit récemment un livre sur ce sujet: « Les fantômes du Roi Léopold II » et qui a été vivement critiqué par les historiens, surtout qu'il était accusé d'être responsable de la mort de 10 millions de congolais (génocide !) à une époque où le Congo n'était pas aussi peuplé !
•On minimise volontairement le rôle des esclavagistes arabes et donc la campagne anti-esclavagiste des Belges et on fait même passer les Belges pour les amis de ces arabes.
•On associe la période de Mobutu à la suite de la colonisation mettant sur les Belges la responsabilité de ses trente ans de règne sans montrer que pendant cette période, rien n'a été ajouté à ce que les Belges avaient construit dans ce pays mais qu'on a laissé tout se dégrader.
L'association de Savonarole et de Lumumba est assez étonnante pour ne pas dire incongrue !
•Pratiquement pas d'allusion à la guerre froide, donc pas de contexte.
•C'est tout juste si on n'accuse pas les Belges d'avoir lancé la bombe d'Hiroshima !
•La pièce n'est pas présentée, ni expliquée. Ainsi, nous avons vu des écoles congolaises y assister et entendu dans la salle des réflexions qui acceptaient mot pour mot les déclarations.
•On comprendrait si c'était une pièce congolaise mais une pièce financée par la Belgique, c'est difficile à digérer !
•Il est tout à fait ridicule de présenter:
- la colonisation française qui s'est faite autour de l'idée républicaine,
- la colonisation anglaise qui s'est faite autour de l'idée fédérative,
- la colonisation belge qui s'est faite autour de l'argent ! comme si la philanthropie n'était réservée qu'aux Français et aux Anglais !
•En discutant avant et après avec les élèves, ceux-ci ont tous dit que c'était heureux qu'ils aient eu des explications avant, lesquelles leur permettaient une certaine « objectivité » mais ils avaient beaucoup de doutes et de craintes sur la façon de réagir des Congolais. Pour eux, cela ne peut déboucher que sur la haine et pas sur la compréhension!
«La liberté d 'expression, si elle est indispensable, nécessite l'objectivité.»
On présente la colonisation soit comme une entreprise philanthropique et naïvement désintéressée ou comme le résultat de noirs complots militaires - religieux - capitalistes ne considérant dans l'un et l'autre cas, que les composantes européennes.
C'est oublier ce que L.S. Senghor exprimait: « Si nous avons été colonisés, c'est que nous étions colonisables » et donc, tenir compte du contexte général africain, et non européen, de la fin du XlXème, d'un ensemble de situations dont les Européens ne portaient pas seuls la responsabilité.


Nous quittons Kinshasa après 5 représentations publiques et près de 3.700 spectateurs. Nous faisons nos adieux au théâtre du Zoo. Il est lourd de laisser tous ceux qui nous ont aidé: les techniciens, les artisans qui ont fait les décors, accessoires et mobilier, les gens que nous avons rencontrés... Nous scellons nos malles, embarquons nos souvenirs, comme tant d’autres l’ont fait avant nous. Nous sommes impatients, à présent, d’entendre et de rencontrer les spectateurs européens.