Acte 7
Le journaliste éliminé, le Guide fait une introuction sur "l'épisode mal connu des Belges"... L'effort de guerre.
 
Derrière des images d'Epinal, chacun vient raconter "sa" version de la guerre: le travail obligatoire, la production intensifiée, la relégation des adeptes de Simon Kimbangu, visiblement, l'effort de guerre recèle bien des histoires cachées... brefs extraits.


EXCELLENCE — Nous allons tout vous expliquer… Laissez-moi me rappeler… C’était le 14 ou le 16 Mai 1940, quand nous sommes partis de la rue de la Loi, ici à côté. Nous avons d’abord emmené le gouvernement à Ostende, mais quand la Wehrmacht a commencé à bombarder la ville, nous n’avons fait ni une ni deux, nous avons fichu le camp en France ! A Paris, c’était la catastrophe. Dans les rues, ça criait "A bas Léopold, vive la Belgique"! Que voulez-vous, nous étions bien obligés de désavouer le Roi…Le plus drôle, c’est que les seuls à entendre le premier discours, sans les corrections des Français, sans le message sur la "faute" du Roi, furent les Congolais.

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MPEIA — Moi aussi, je pensais souvent au grand-père, quand je partais dans la forêt pour saigner les lianes, comme lui l’avait fait à l’époque du grand Roi. Même s’ils ne nous coupaient plus les mains, la chicotte existait toujours, et la prison. Alors on rapportait le caoutchouc. Nous avons produit jusqu’à douze mille tonnes de caoutchouc pour les pneus de l’armée alliée. Même sous Léopold II, ils n’en avaient pas produit la moitié. Et après, il n’y avait plus du tout de caoutchouc dans la forêt. Et presque plus d’uranium, ni d’étain au Katanga. Et tout ça pour quoi ?


Dire que, quelques jours plus tard, Paris était envahi !… Nous, nous avions fui à Bordeaux, où nous avons encore hésité où emmener le Gouvernement.../... Heureusement, j’avais pensé à emmener mon casque et mes vaccins.

KITUKWA — A la colonie, ils nous avaient mélangés avec des adeptes de Simon Mpadi, le faux prophète, ce fou qui croyait qu’Hitler viendrait nous sauver, amènerait des noirs américains et nous permettrait de prier Dieu entre nous.
Je suis parti pour Léo en novembre. Il fallait les galvaniser un peu.../... Mais dans l’ensemble, la popula tion était docile, et l’outil était en état de donner ce que nous avait demandé Londres.../...
LE GLAIVE — .../...Moi j’ai filé à Washington. Depuis qu’on en parlait, de cette fameuse fission de l’atome, je savais qu’ils allaient avoir besoin de notre uranium d’un moment à l’autre. Ils n’en revenaient pas les Yankees, quand je leur ai dit qu’ils l’auraient le lendemain. Oh, nous l’avons vendu pour un prix symbolique, c’était la moindre des choses, surtout qu’ils nous avaient promis de nous laisser des marchés. Il faut dire qu’on avait un gisement vraiment extraordinaire au Katanga. Du 90% d’uranium ! Et je dois dire que j’ai eu un petit frisson quand la bombe est tombée sur Hiroshima. Je me suis dit : c’est grâce à nous.../...

Pouah ! Plutôt mourir que de prier avec un Mpadiste ! Ces menteurs qui fumaient, buvaient, et avaient plusieurs femmes ! Au camp, nous ne nous parlions même pas. C’est eux, ou les kitawalistes, jamais nous, qui ont déclenché les émeutes et les grèves. Mais les Belges ne faisaient pas la différence, et ils nous traquaient et nous enfermaient comme les autres. Vous savez, moi je suis un bon chrétien, et je vous ai pardonné. Mais nous n’étions pas des politiques, nous; alors, franchement, était-ce bien nécessaire de nous enfermer et de nous faire mourir ?
MPEIA — Moi, je suis une pragmatique, une femme d’affaires. Que vous nous ayez volés ou pas, finalement, j’aurais peut-être fait la même chose. Mais je ne me serais pas laissé avoir sur les prix comme les Belges ont bien voulu le faire à ce moment; je sais, bien sûr, il y en a à qui ça a profité. Il n’y a qu’à voir votre ville. Mais vous auriez pu, vraiment, si vous aviez été plus malins, vous auriez pu gagner beaucoup plus d’argent. Ça ne valait vraiment pas la peine, de saigner tout un pays pour si peu de bénéfices.../...