la visite guidée
Tous les témoins de la Guerre sortent et 7 étudiants congolais les remplacent sur les chaises. Ils portent chacun une carte avec les bâtiments évoqués par le Guide et la montrent au public lorsque le Guide parle de telle ou telle construction. Madame De Smet, future institutrice, détient la carte d'urbanisation de Bruxelles.


LE GUIDE — Devant la colonne du Congrès, nous avons évoqué la fondation de l’Etat belge en rappelant les difficultés d’existence de ce petit pays coincé entre ses grands voisins. Sur la place des Panoramas, nous avons vu quels profits la nation allait tirer de l’exploitation de sa colonie. Dans la Cité Administrative, nous avons dévoilé le rôle de l’administration, point d’appui de l’exploitation économique.


Jusqu’à ce que le Congo rapporte de l’argent, le Roi doit lutter contre ses ministres pour leur arracher des investissements dans le domaine des travaux publics, surtout quand ils servent ses visions de prestige. Ses visions sont autoritaires. Ainsi, concernant le projet du Mont des Arts que nous longeons à présent, une violente querelle opposera le Roi et le Bourgmestre Charles Buls.


Ces «golden sixties» qui ont vu et la construction de la Cité Administrative et la bruxellisation de la ville sont à la fois l’apogée et la fin d’un système qui a commencé dès le XIXème siècle, quand le Roi Léopold II pensait aux grands axes de la ville.
Le rêve du Roi est alors d’imposer à Bruxelles le modèle de ville développé par Haussmann à Paris. Tant dans sa version moderne : amélioration de l’hygiène, éclairage public, élargissement des voiries, que dans son aspect monumental :

Léopold II veut, dans l’idée d’assainir le centre et de faciliter la communication entre le haut et le bas de la ville, tracer une rue courbe et agrandir de manière emphatique le quartier des musées. Le Bourgmestre défend, lui, la préservation du quartier populaire que ce projet voue à la démolition. Après vingt ans d’intrigues et de conflits, le Roi obtient gain de cause sur une partie de son projet : la rue Ravenstein est tracée, et le quartier populaire est détruit.

une trame de boulevards interrompue régulièrement par des ronds-points en étoile, des monuments en fond de perspective, des sculptures qui ponctuent chaque espace signifiant. Le Roi est sensible à la création de grands espace verts qui doivent faire «respirer « la ville. Mais ces transformations de la ville ont un prix...élevé. La ville et l’Etat prennent à leur charge tous les grands travaux d’infrastructure et de modernisation. Le Roi a, lui, les ambitions d’un programme monumental, qui motive indéniablement l’exploitation de la colonie. Au début de son règne, en 1865, Léopold II ne dispose que de sa fortune personnelle et de la faculté de recourir à la liste civile. Ces moyens limités ne lui permettent que des actions limitées : des achats de terrains en vue de grands projets, le soutien à la création d’espaces verts... Mais cela ne suffit pas.

Mais son plan grandiose du Mont des Arts ne voit jamais le jour, laissant un chancre urbain pendant plus de vingt ans. On le voit, le Roi considère la ville comme un domaine privé. Il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Il montrera le même autoritarisme et le même mépris des lois au Congo…/…
…/… Nous longeons à présent le Palais Royal de Bruxelles. Le Roi trouve indigne d’une telle capitale le Palais tel qu’il est à son avènement. Il essaye de convaincre le gouvernement de financer une nouvelle façade, mais en vain. C’est seulement quand il dispose de l’argent du Congo que le Souverain achète l’hôtel Bellevue, fait réaliser les jardins à l’avant du Palais, les deux nouvelles ailes et les toits qui donnent au Palais une allure un peu plus imposante. Dans la foulée, il prévoit des transformations somptueuses au château de Laeken dont il veut faire un centre international de congrès. Les bénéfices de l’entreprise coloniale lui permettent alors les projets les plus fous…