Acte 8
Les acteurs vont accrocher leurs cartes sur la toile de fond où est projetée une image de l'Albertville. On entend "Domine, domine" par le dernier des castrats... Mais que diable sommes-nous aller chercher en Afrique centrale ?


En Afrique. Le jardin d’une villa. Monsieur De Smet, sur le point de prendre une photo de groupe avec Mme De Smet, Ekia, Zao, Kitukwa, Mibange, Sambo, Mpeia et Gemba. Ekia et Zao se bousculent.

M. DE SMET — Voulez-vous arrêter de bouger, tous les deux ? Chérie, ça ne te gênerait pas de regarder l’objectif ?
MME DE SMET — Mon ami, je vous ai déjà dit de ne pas me tutoyer devant les boys. Comment voulez-vous que j’aie de l’autorité si vous me rabaissez sans arrêt en leur présence ?


MME DE SMET — Ce n’est pas difficile…
M. DE SMET — De toutes façons, Sambo et Mibange sont à moi.Ils travaillent pour la mine, donc ils sont sous mes ordres, donc tu me les laisses pour le jardin.
MME DE SMET — Vous, mon ami, vous. Et arrêtez de les appeler comme ça. Ils ont été baptisés, ce ne sont plus des sauvages.Séraphin, Sébastien, allez rejoindre votre maître, puisqu’il a tellement besoin de vous…
SAMBO — Qu’est-ce qu’il faut faire, Bwana ?


M. DE SMET — Mais je ne te rabaisse p… Voulez-vous bien regarder l’objectif, ma chère ?
MME DE SMET — Comme ça ? Mais vas-tu arrêter, Patrice ?
ZAO — Maîtresse, ce n’est pas moi, c’est Ekia qui n’arrête pas de me pincer.

M. DE SMET — Arrachez-moi ces mauvaises herbes.
SAMBO — Mais ce sont des orties, Bwana, ça pique.
M. DE SMET — Justement, c’est excellent pour la circulation. Après, vous vous occuperez des choux de Bruxelles. Innocent ! Va me chercher une bière…

EKIA — Menteur ! C’est Zao, maîtresse.
MME DE SMET — Je vous ai déjà dit que je ne voulais plus entendre ces prénoms barbares. Patrice, laisse Joseph-Désiré tranquille.
M. DE SMET — Attention, le petit oiseau va sortir ! Cheese !
TOUS — Cheese !
M. DE SMET (rangeant son matériel) — Ouf. Une bonne chose de faite. Est-ce qu’il ne va pas être bientôt l’heure de manger ? Qu’est-ce qu’il y a au menu, Innocent ?
GEMBA — Poulet-frites-salade, Bwana.
M. DE SMET (s’installant dans son hamac) — Ce que je préfère ! Tu diras à ta mère que si elle rate encore la mayonnaise, je la renvoie au camp et j’en prends une plus jeune.
GEMBA — Bien, Bwana. Je lui dirai.

MME DE SMET — Bon, tout le monde ici, révision des leçons !
M. DE SMET — Oh non, chérie, tu ne vas pas me refaire ce coup-là…
MME DE SMET — Vous, mon ami, vous.
M. DE SMET — Vous n’allez pas me les prendre tous, de nouveau ? Qui va s’occuper de mon jardin ?
MME DE SMET — Mon ami, il faut que je termine l’éducation de ces garçons.
M. DE SMET — Ils sont bien assez éduqués comme ça ! Ils ont fait leurs primaires, tous les enfants de la mine ne peuvent pas en dire autant. Si ça continue, ils finiront par en savoir plus que moi.

Sambo et Mibange s’exécutent. Mibange chante à mi-voix en travaillant.

CHANSON DE MIBANGE —

Même en Afrique
les orties piquent
Ce jeu sadique
c’est magnifique
pour le colon.
Si je dis que
Mon sort tragique
est dramatique
les coups de trique
sur moi pleuvront
Donc je dis que
une tactique
plus mécanique
ce serait chic
ce serait bon, car… (ad libitum)

Madame De Smet donnera sa leçon sur Machiavel versus Savonarole. La Croix viendra rendre visite. Les termes utilisés seront "évolués", "relégués", "kimbanguistes"...