Acte 12
Les acteurs prennent chacun une parole du Guide et deviennent Guides à leur tour.
   


LE GUIDE — Je vous invite maintenant, à prendre un de ces trams qui, en 1897, reliaient l’exposition du Cinquantenaire au Pavillon du Congo à Tervuren, à suivre cette voie, et à oublier un moment que c’est à Bruxelles que nous roulons. J’en profiterai pour évoquer un aspect moins connu des travaux de Léopold II. Le projet auquel je fais allusion, s’il est lui aussi lié au transport sur rail, ne voit pas le jour ici, mais dans le pays frère : le Congo. Je veux parler de l’aventure de la création du chemin de fer Matadi-Léopoldville…./…


.../... LE GUIDE — Mesdames et messieurs, un arrêt s’impose devant l’ancien Palais des Colonies, «Pavillon du Congo» lors de l’exposition universelle de 1897. Les expositions universelles, invention du 19ème siècle, ont pour but de mettre en valeur l’évolution industrielle, technique et artistique de cette période. Bruxelles accueille donc en 1897, à la suite des autres capitales, la grande exposition de la fin du siècle. Le Cinquantenaire abrite les pavillons officiels.

La bataille du rail, voulue par le Roi, qui suit la progression des travaux depuis son palais de Bruxelles, est menée sur place par des sociétés privées. Elle se poursuivra sur d’autres lignes, jusqu’à créer ce réseau ferroviaire unique en Afrique. L’Etat — Léopold a arraché des prêts à la Belgique — paye les frais de mise en oeuvre, offre à ces sociétés des concessions minières ou agricoles sur les terrains traversés, des garanties d’intérêt en cas de déficit.Mais la gestion reste privée et permet d’afficher des tarifs prohibitifs :

Mais c’est ici, dans ce bâtiment construit dans le style Louis XVI un peu lourd qu’affectionne le Roi, qu’est montée une exposition vantant les ressources et le potentiel de la colonie. Le Roi veut faire connaître aux Belges la physionomie et les cultures de son immense royaume.

Il espère par cette opération convaincre l’opinion belge du bien-fondé de son entreprise coloniale, alors qu’il est déjà la cible de critiques sur les mauvais traitements infligés à la population africaine. La première salle, le Salon d’honneur, est consacrée à la sculpture chryséléphantine. Des oeuvres en ivoire et en bois du Congo, réalisées par les plus grands artistes belges, montrent l’intérêt esthétique indéniable des produits congolais pour les métiers d’art. La salle d’ethnographie lui succède. Elle présente des fétiches, des pointes d’ivoire, des bancs de bois : c’est de l’ethnologie à l’état balbutiant. Une section économique — les salles des importations et des exportations — présente les cultures et les cueillettes possibles, les transports déjà opérationnels ou en voie de l’être, les premières découvertes minières et les débouchés pour les productions belges.

L’exposition se clôture par une splendide structure en bois de Georges Hobé, qui couronne le salon des grandes cultures.
Le secrétaire de l’Etat Indépendant du Congo, Van Eetvelde, chargé de l’organisation de l’exposition, a fait appel pour son aménagement à des artistes progressistes, appartenant à l’Art Nouveau : Paul Hankar, Henry Van de Velde, Georges Hobé, et Gustave Serrurier-Bovy. Léopold II, nous l’avons vu, n’a guère d’intérêt pour les innovations en matière d’art ou d’architecture. Mais, conscient sans doute que l’aspect «moderne» de cet art sert sa propagande, il laisse faire.../...

c’est une opération largement bénéficiaire que de collaborer à l’Oeuvre Africaine.Ces sociétés déterminent aussi le tracé des voies, lequel n’a pas pour but la communication entre les différentes parties du pays, mais la sortie des matières premières. Cela donne déjà lieu à ces situations aberrantes dont le Zaïre a hérité; on peut avoir une récolte excédentaire au Kasaï, et la famine à Kinshasa : aucune voie d’acheminement n’est prévue… Par contre, la population blanche est ravitaillée par les transports aériens…/…Si nous insistons sur les transports, c’est que ce point est caractéristique des priorités du processus colonial belge. Il y a bien eu un développement au Congo, mais dans ce développement, le sort des habitants n’a jamais été prioritaire.../... on dut attendre 1955 avant que ne soient créés des transports en commun à Kinshasa. Pour rappel, la ligne de tram sur laquelle nous voyageons a elle été créée en 1897, afin de permettre à la population bruxelloise d’aller à Tervuren juger de l’oeuvre du Roi au Congo…/...

D'autres conclusions seront tirées, notamment sur le rôle des missions dans l'enseignement et dans le domaine de la santé. On parlera aussi de la formation universitaire et du paternalisme qui a dominé pendant toute la colonisation. Le bilan ne sera pas édulcoré.